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Le (généralement) triste début du mois de novembre coïncide non seulement avec une Fête des Saints, une Fête des morts, les feuilles qui tombent, le brouillard qui envahit la Broye, le froid, la préparation à l’arrivée de la neige. Bref, de quoi avoir envie de visiter l’un des nombreux ponts de Fribourg, de haut en bas. MAIS, il coïncide également avec l’arrivée de la spectaculaire et joyeuse caravane des Knie en terre fribourgeoise. En effet, des dizaines de véhicules, remorques, roulottes débarquent sur le plateau de la Poya afin d’y implanter leur chapiteau pour 4 jours et 7 représentations. Et là au milieu, des artistes, des techniciens, des enfants et … de nombreux animaux.

Je le sais très bien, on ne s’improvise pas critique d’un milieu qu’on ne connait finalement que très peu, mais j’ai eu l’occasion de me rendre cette année à une représentation et, le lendemain, de visiter leur zoo afin d’alimenter ma série [sauvages] consacrée aux animaux qu’on enferme pour le plaisir de nous autres, humains.

Avant toute chose, je vais partir d’une opinion toute personnelle et très tranchée: les animaux devraient être bannis des cirques. Partant de là, un dilemme se pose à moi: dois-je accompagner, en tant qu’éducateur social travaillant avec des personnes en situation de handicap, un ou plusieurs résidents au cirque Knie au risque de heurter ma sensibilité et mes valeurs? Ou alors dois-je priver ces mêmes personnes d’un spectacle fort apprécié, pour simplement être en accord avec ma vision du cirque et des animaux?

Bien évidemment, en tant que professionnel, je suis là pour eux et je me dois de les accompagner. C’est ainsi qu’en ce pluvieux 1er novembre, nous nous installons Arben (prénom d’emprunt) et moi sous ce majestueux chapiteau qui, je dois le reconnaitre, me fait de l’effet à chaque fois. Une fanfare bien installée au centre de la piste nous accueille pendant que les spectateurs prennent place. L’ambiance monte, la magie opère. « Wouaaaah c’est trop beau!! » dit une fille avec des étoiles dans les yeux en passant à côté de moi. 18h, le spectacle démarre. Les Knie sont Suisses, la précision avec. Arben semble heureux, frappant dans ses mains durant quasiment les 2h10 du spectacle. Je me dis que mon métier est beau et que le dilemme de départ n’a pas vraiment lieu d’être. Les numéros s’enchaînent, tout est parfaitement rôdé. Aucune place à l’improvisation, ou presque. Sous le chapiteau, les enfants (petits et grands) réagissent par des « Aaaah », des « Ooooh », des rires lorsque Coperlin, l’excellent magicien absurde réalise ses tours. Marie-Thérèse Porchet est de la partie. On accroche ou non à son humour et à son personnage (pour ma part c’est non), mais elle a le sens du spectacle, même si tout est un peu convenu d’avance. Les artistes réalisent leurs numéros tantôt spectaculaires (mention particulière à la troupe Skokov et leur numéro de double balançoire), beaux, poétiques (l’arrivée des drônes en hommage aux éléphants est plutôt original). Et puis arrivent 2 lamas. Puis 5 chevaux. Puis 10. Et des poneys, extrêmement mignons soit dit en passant. On les fait tourner en rond, on les fait sauter par-dessus des barrières, on les fait « saluer » le public sur leurs pattes arrières. Bref, on les utilise pour ce qu’ils sont devenus: des animaux de foire censés divertir et satisfaire leurs dresseurs et un public qui, et je le dis en toute objectivité, a nettement moins apprécié ce genre de numéros que les acrobaties ou les « clowneries » (peut-être parce que moins « aboutis » également…). En témoigne l’applaudimètre auquel j’ai été particulièrement attentif, ne réagissant moi-même pas à la fin des numéros de dressage.

Après plus de 2 heures d’émerveillement car, malgré tout, le cirque me fait me replonger en enfance, place au final et à une ovation (standing ovation de la part d’une dizaine de personnes seulement…) méritée pour la plupart de ces artistes. Et comme j’ai l’esprit critique et avant de passer à mon modeste conseil pour la dynastie Knie, je relèverais toutefois que l’ensemble du spectacle m’a, cette année, moyennement convaincu. Il y a quelques années que je n’y avais pas été (toujours pour le travail…), mais je me rappelle de shows beaucoup plus impressionnants. Tout ceci n’étant que mon avis personnel.

Pour terminer, et puisque j’ai été visiter le zoo le lendemain comme dit plus haut, il m’est venu ce conseil: chère famille Knie, laissez tomber les animaux que vous trimballez sur toutes les routes de Suisse et qui vous coûtent certainement beaucoup d’argent, en entretien notamment. Car je ne doute pas que vous les traitiez comme il se doit. Mais les économies réalisées permettraient peut-être de baisser le prix des billets (41.- le billet en passant par Ticketcorner pour être au secteur D, rang 14, place 1 et avoir un des deux immense poteau soutenant la tente devant soi nous gâcher une partie du spectacle) et ainsi remplir les nombreuses places vides (j’ai été très étonné, pour un jour férié pluvieux…), et également ne pas se retrouver à devoir payer plus de 13.- pour 2 boissons et un paquet de pop-corns… De plus je suis sûr que les quelques chameaux, chèvres et lamas qui passent leur temps sur la route et/ou dans de petits enclos et qui ne participent aucunement au spectacle vous en seront reconnaissants!

Et la cerise sur le gâteau: ma fille, avec qui j’aimerais vivre un jour ces moments d’émerveillement comme vous savez si bien le proposer, mais sans animaux, et moi-même vous remercions!